Un après après, toujours aussi difficile de connecter l'Eure au monde numérique ?
par Philippe Nieuwbourg | Lundi 16 Novembre 2009

Installé depuis maintenant un an à La Goulafrière, utilisateur professionnel et personnel des nouvelles technologies et en particulier d’Internet, j’avais eu l’occasion de partager mes déboires liés à une mise en service lente et laborieuse d’une connexion ADSL chez Orange.
Au bout d’un an de retour d’expérience, je ne suis bien entendu pas entièrement satisfait. Avec un débit de 1 Mb/s, et des coupures quasi-quotidiennes en cas de pluie ou de vent, je me considère, à titre professionnel, comme proche d’une « zone blanche », et j’ai donc continué à étudier les solutions alternatives.
Le Wimax, développé par Altitude Télécom et sa filiale Wibox, semblait une solution intéressante. Sans rentrer dans des détails techniques, elle permet aux abonnés de se connecter à distance, sans fil, à une borne installée par l’opérateur sur un point haut. La portée de ce relais est d’environ 20 km et permet donc de couvrir une zone assez large. Une architecture mise en place en campagne, comme dans les pays en guerre où la reconstruction d’un réseau téléphonique prendrait trop de temps...

Solution tentante techniquement, et rassurante puisqu’elle est soutenue, commercialement et financièrement, par le Conseil Général au travers du portail Net27.fr. On y lit par exemple « DSL et Wimax, le haut débit pour tous dans l’Eure, un accès égal au haut débit pour tous les Eurois, un outil pour l’ensemble des entreprises, une couverture totale du territoire »... et c’est bien là que le bât blesse, car la « couverture » en question, en cette période de début de frimas, est peut-être totale, mais son épaisseur semble bien légère au regard des besoins de la population...
Soucieux de tester les solutions mises à disposition de la micro-entreprise que je suis, j’ai donc pris contact avec Wibox et commandé mon accès « entreprise » avec un abonnement de 59 euros par mois tout de même. Une dizaine de jours plus tard, la Poste me livre mon antenne. Le colis comporte une liste d’installateurs agréés, dont je m’empresse d’appeler le plus proche de chez moi. Surprise, et plutôt mauvaise, l’installateur me répond presque immédiatement que l’émetteur auquel je suis censé me connecter, celui de Gisay La Coudre, est saturé... aucune installation n’est donc possible. Il s’étonne d’ailleurs lui-même que Wibox m’ait envoyé mon antenne et accepté mon abonnement alors que l’opérateur connaissait très bien l’infaisabilité technique.
Appel immédiat au service concerné chez Wibox, qui me confirme que l’émetteur, et plusieurs autres d’ailleurs, sont saturés. Aucune solution ne m’est proposée car le processus semble complexe, étude, budget, demande de travaux au Conseil Général... pas d’amélioration prévue avant 2010, au mieux...

En conclusion :
- le département soutient une solution, le Wimax, parfaite techniquement, mais dont le prestataire n’a pas fait les investissements suffisants pour couvrir les besoins de la population. L’argent public dépensé pour soutenir cette initiative mériterait sans doute d’ailleurs un contrôle.
- l’absence de coordination entre les services techniques et commerciaux de Wibox entraine des situations aberrantes : encore aujourd’hui, le test d’éligibilité en ligne m’indique comme éligible au Wimax alors que les émetteurs sont saturés; quant à l’envoi d’une antenne, son retour et les frais associés, ce sont de belles dépenses gâchées pour Altitude Telecom.

En ce qui me concerne, je fais avec... Après une année à La Goulafrière, je suis bien content d’avoir quitté la région parisienne. Mais alors que chaque semaine, plusieurs personnes me demandent, à Paris, comment je suis installé, et si je leur conseille de suivre le même chemin, je ne peux qu’être honnête avec eux...
Si vous avez un besoin crucial de nouvelles technologies pour travailler, évitez de vous éloigner des centres-villes, l’Eure n’est pas aujourd’hui un département « numérique ». Et c’est d’ailleurs ce qui me désespère. Lorsque j’entends mes voisins se plaindre des parisiens ou des anglais qui ne viennent qu’en week-end, et de l’absence de projets économiques... je ne peux qu’abonder dans leur sens. Mais la solution est à la portée d’une connexion Internet. Si j’osais être provocateur, je dirais : un peu moins de rond-points, un peu moins de travaux de voirie, un peu moins de fauchage au bord des routes... et un peu plus d’investissement public dans ces technologies créatrices d’emplois à valeur ajoutée.

[20/12/2009] Un grand merci à L'éveil normand, l'hebdomadaire de référence de la région de Bernay, qui nous donne un coup de pouce pour mettre la problématique de l'accès à Internet comme vecteur de développement, au menu des débats de Noël ! Mesdames et Messieurs les élus, n'oubliez pas qu'aux prochaines élections, ces arguments technologiques pèseront de plus en plus lourd... (Lire l'article de Benoit Négrier en pièce jointe).


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